Le dégroutage d'un joint de façade, ou décroutage, retire sur 15 à 20 mm le mortier usé d'un mur en pierre ou en brique avant tout rejointoiement. Au marteau burineur léger ou à la pointerolle, on dégarnit le joint sans blesser la pierre ; après nettoyage, le nouveau joint à la chaux rend à la façade son étanchéité. Ces travaux précèdent souvent un ravalement ou une rénovation.
- Décroutage des joints
- Piquetage sur deux fois la largeur du joint, 15 à 20 mm au minimum, jusqu'à un fond sain.
- Outils
- Marteau burineur à frappe réduite, burin de joint, truelle et brosse pour le nettoyage des joints.
- Mortier de jointoiement
- Chaux hydraulique et sable fin sur un mur en pierre, jamais plus dur que la pierre apparente.
- Entretien des joints
- Inspection annuelle de la façade, reprise d'un joint usé avant l'infiltration.
Pourquoi dégrouter un joint de façade au lieu de le recouvrir ?
Un joint de façade n'est pas un simple remplissage entre deux pierres : c'est la partie sacrifiable du mur. Il absorbe les mouvements des pierres, laisse sortir la vapeur d'eau et s'use à la place de la pierre. Quand il se fissure, se creuse ou se détache en croûte, l'eau de pluie entre dans le mur, gèle en hiver et désagrège peu à peu le parement. Appliquer un nouveau mortier par-dessus l'ancien ne règle rien : la couche neuve ne s'accroche pas sur un support friable et tombe au premier cycle de gel.
Le dégroutage d'un joint de façade consiste donc à retirer toute la partie dégradée pour retrouver un fond sain et propre, capable de recevoir un jointoiement durable. Les signes qui imposent l'opération sont faciles à repérer depuis le trottoir : joints en retrait de plus de quelques millimètres, sable qui coule au toucher, mousses et végétation dans les creux, taches d'humidité à l'intérieur au droit d'un mur exposé, ou encore un ancien joint au ciment qui se décolle en plaques. Ce dernier cas est fréquent sur les maisons en pierre rejointées dans les années 1970 avec un mortier trop dur : le ciment enferme l'humidité et fait éclater l'arête des pierres.
Sur une façade en pierre de taille comme sur un mur en moellons ou en brique, la règle est la même : on ne regarnit un joint qu'après l'avoir dégarni. Ces travaux accompagnent souvent un ravalement de façade ou une rénovation du bâtiment, et ils conditionnent l'étanchéité du mur contre les infiltrations. Un joint usé se reconnaît aussi à son aspect : la façade perd sa valeur esthétique bien avant que le matériau ne cède, et la réparation d'un mur extérieur coûte plus cher qu'un simple rejointoiement. Rejointoyer sans dégarnir revient à traiter l'effet et non la cause.
Préparer le chantier avant le décroutage
La préparation conditionne la qualité du rejointoiement autant que le geste lui-même. Avant de toucher au premier joint, il faut identifier la nature des pierres (calcaire tendre, grès, granit, brique) et celle de l'ancien mortier. Un test simple consiste à gratter un joint au tournevis : un mortier de chaux s'effrite en sable, un mortier de ciment résiste et se casse en éclats.
- Échafaudage stable : le travail se fait à hauteur de poitrine, jamais bras tendus au-dessus de la tête.
- Protection des abords : bâches au sol, menuiseries et appuis de fenêtre recouverts, voisins prévenus du bruit.
- Nettoyage préalable : brossage à sec ou lavage basse pression pour retirer mousses et salissures, afin de bien voir le tracé des joints.
- Équipement de protection : lunettes, gants anti-vibration, protection auditive et masque FFP3, indispensable car le mortier et la pierre libèrent de la silice cristalline.
Sur ce dernier point, la poussière est le vrai danger du chantier ; les précautions sont détaillées dans notre guide sur la poussière de silice produite au burinage. Un aspirateur de chantier branché à proximité limite aussi les dépôts dans les joints déjà ouverts.
Quels outils utiliser pour déjointoyer ?
Le choix de l'outil dépend de la surface, de la dureté du mortier et de la fragilité de la pierre. À la main, le marteau et le ciseau de maçon (ou la broche) restent la référence sur une petite surface ou sur une pierre tendre qu'il faut ménager. Dès que la façade dépasse quelques mètres carrés, le marteau burineur léger fait gagner un temps considérable, à condition de choisir le bon accessoire et de réduire la puissance de frappe.
| Outil | Usage idéal | Limite |
|---|---|---|
| Ciseau et marteau | Pierre tendre, reprises ponctuelles, angles | Lent sur une grande surface |
| Burineur léger SDS-Plus | Joints à la chaux, brique, moellons | Frappe à régler au plus bas |
| Burineur SDS-Max | Anciens joints au ciment très durs | Risque d'éclater la pierre |
| Rainureuse à disque | Joints rectilignes en brique | Beaucoup de poussière, entame les arêtes |
Pour le burin lui-même, une lame de joint de 8 à 12 mm convient aux appareillages courants en brique ou en pierre de taille. Sur une maçonnerie ancienne en moellons, où les joints sont larges et irréguliers, une lame de 14 à 18 mm avance plus vite. Les formes disponibles (burin plat, gouge, burin de joint à lame fine) sont présentées dans notre sélection d'accessoires de burineur : burins, ciseaux et pointes. Complétez avec une truelle langue de chat, une brosse métallique douce et une balayette pour le nettoyage des joints.
Quelles sont les étapes du décroutage d'un joint ?
Le décroutage suit toujours le même ordre, que le mur soit en pierre, en brique ou en parpaing apparent. Travailler par panneaux d'environ un mètre carré permet de garder un rythme régulier et de ne jamais laisser des joints ouverts trop longtemps sous la pluie.
- Piquetage des joints horizontaux : on commence par les lits de mortier, en partant du haut du panneau. Le burin glisse le long du joint, légèrement incliné vers le mortier et jamais vers la pierre.
- Traitement des joints verticaux : les montants viennent ensuite, ce qui évite de salir les lits déjà dégagés avec les gravats qui tombent.
- Contrôle de la profondeur : on vise deux fois la largeur du joint, soit en pratique 15 à 20 mm, et davantage tant que le mortier reste friable.
- Nettoyage des joints : brossage, soufflage ou aspiration pour retirer sable et poussière ; un joint encombré empêche l'adhérence du garnissage neuf.
- Humidification : juste avant le rejointoiement, le fond du joint est mouillé pour que la pierre ne boive pas l'eau du mortier frais.
Le geste compte autant que l'ordre. Le burineur se tient à deux mains, sans forcer : c'est la frappe qui travaille, la pression ne sert qu'à guider la lame. Dès qu'une pierre sonne creux ou bouge, on arrête la machine et on termine au ciseau. Pour les bases de la tenue et du réglage, voir notre article sur la prise en main d'un burineur au quotidien. Sur une façade d'une maison de 100 m², comptez plusieurs jours de dégroutage pour une personne seule : c'est souvent l'étape la plus longue du chantier.
Questions fréquentes sur le dégroutage des joints
Faut-il dégrouter tous les joints d'une façade ?
Seulement ceux qui sont dégradés, si le reste du mur est sain et du même mortier. Mais sur un ancien jointoiement au ciment posé sur une pierre tendre, il vaut mieux tout reprendre : le mélange de deux matériaux de dureté différente crée des zones où l'eau se concentre.
Peut-on dégrouter un joint au burineur sur de la pierre calcaire tendre ?
Oui, avec une frappe réduite au minimum et une lame fine, mais le ciseau manuel reste plus sûr sur les pierres les plus friables. Un essai sur un panneau peu visible permet de juger si la pierre supporte la vibration.
Quelle météo pour dégarnir et rejointer un mur ?
Entre 5 et 25 °C, sans pluie ni vent fort, et à l'abri du plein soleil. Le gel dans les jours qui suivent le rejointoiement détruit un mortier de chaux encore frais.
Combien de temps laisser les joints ouverts ?
Le moins possible : idéalement, un panneau dégarni la veille est regarni le lendemain. Un joint ouvert sous la pluie se gorge d'eau et ramène des salissures au fond.
Quels matériaux utiliser pour le jointoiement ?
La règle fondamentale est simple : le joint doit toujours être moins dur et plus perméable que la pierre. Sur un mur en pierre ancienne, cela exclut le mortier de ciment pur. On emploie une chaux hydraulique naturelle (NHL 2 sur pierre tendre, NHL 3,5 sur pierre dure ou brique), parfois complétée de chaux aérienne pour un joint plus souple. Le mélange courant associe un volume de chaux à deux ou trois volumes de sable, avec un volume d'eau ajusté pour obtenir une pâte ferme qui ne coule pas.
Le choix du sable fait l'aspect du joint : un sable fin et lavé donne un parement grain fin, un sable plus grossier ou de carrière locale un parement grain gros, plus rustique. Sur une construction récente en parpaing ou en brique industrielle, un mortier bâtard (base de ciment et de chaux) reste acceptable, car ces matériaux supportent un joint plus rigide. Un mortier colle ou un mortier de pose pour carrelage n'a en revanche rien à faire dans un joint de façade.
Le rejointoiement se fait à la truelle de jointeur ou au fer à joint, en deux passes quand le joint dépasse 20 mm de profondeur. La finition dépend du style de la maison : joint arasé au nu de la pierre, joint légèrement en creux, ou joint beurré qui recouvre en partie les bords des moellons pour un aspect de pierre apparente. Une fois le mortier tiré, un brossage à la brosse douce resserre la surface et fait ressortir le grain du sable.
Entretenir les joints de façade après le rejointoiement
Un joint à la chaux bien posé dure plusieurs décennies, à condition de le laisser respirer. Les premiers jours, la façade se protège du soleil direct et de la pluie battante avec des bâches ou un filet humide, pour éviter une prise trop rapide. Ensuite, l'entretien des joints se limite à une inspection annuelle : repérer les fissures, retirer mousses et racines, et reprendre ponctuellement un joint qui se creuse avant que l'eau n'atteigne le cœur du mur.
Le traitement hydrofuge est souvent proposé après un chantier de jointoiement. Sur une pierre ancienne, il doit rester perméable à la vapeur d'eau, sinon il reproduit le défaut des vieux joints au ciment. Un simple nettoyage à l'eau claire et à la brosse tous les quelques années suffit dans la plupart des cas. Sur une maison où la pierre elle-même est abîmée, une reprise des arêtes ou des parements peut accompagner le chantier ; notre guide sur la taille de pierre au burineur montre comment retailler proprement un bloc épaufré.
Enfin, le coût d'un rejointoiement dépend surtout de la main d'œuvre : surface de façade, hauteur et accès, état des joints, dureté de l'ancien mortier et type de finition font varier le devis bien plus que le prix de la chaux et du sable. Faire soi-même le dégroutage et confier le regarnissage à un maçon est une répartition fréquente sur les maisons anciennes. Pour un bâtiment classé ou un ravalement de grande ampleur, un diagnostic par un professionnel du bâti ancien aide à choisir le type de chaux, la couleur du sable et la technique traditionnelle adaptée, afin de préserver la maçonnerie et son étanchéité pour les décennies de travaux suivantes.
